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Les conséquences
du harcèlement moral au travail
Le harcèlement moral comporte des impacts de plusieurs ordres :
impacts sur la personne harcelée qui en souffre, au niveau de
l’exécution de son travail qu’au niveau de sa vie personnelle en
dehors du travail et impacts au niveau de l’entreprise.
1.Conséquences sur le salarié harcelé:
Le harcèlement moral inflige à la personne qui le subit une
souffrance psychologique sur le plan professionnel et personnel.
En effet, les conséquences du harcèlement sont triples. La
première est une détérioration de la santé physique et mentale de
la victime. Certes l’état dépressif est l’un des troubles les plus
fréquents chez les victimes du harcèlement. Il se manifeste de
manière permanente par une humeur triste, un accroissement de
l’angoisse, du stress, un manque d’intérêt pour le quotidien
professionnel, un sentiment de dévalorisation de soi et de
culpabilité par rapport à l’événement qui s’est produit.
Ainsi, la conséquence du harcèlement moral est avant tout une
pathologie de la solitude, de l’isolement, qui renforce la
souffrance.
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Hirigoyen écrit que « le harcèlement est un processus particulier
où une personne devient ce qu’on lui reproche d’être.
On lui dit « tu es nulle ! » et la personne
perd ses moyens et se sent devenir nulle. On la traite de
paranoïaque et après un certain temps, on la pousse à devenir
méfiante, rigide, procédurière. C’est le pouvoir des mots qui font
acte et qui, par injection, transforment l’autre ». Mais cette
transformation mine la personne et la détruit par la suite.
Certes, une dépression chez la victime peut le conduire à des
risques de suicide et en s’appuyant sur la littérature, on
remarque plusieurs cas où la personne souffrant de l’harcèlement
moral a fini par se suicider (leyman 1996).
Einarsen et Col (1994, cités dans Hoel et Col 1999) affirment que
40 % des personnes cibles, celles qui ont été le plus fréquemment
harcelées, ont tenté de se suicider.
La seconde conséquence se caractérise par les implications
économiques non négligeables du harcèlement moral pour le salarié.
Une perte de revenues pour les personnes qui se retrouvent au
chômage, des frais médicaux non remboursés, les dépenses d’avoca
Ainsi selon une étude de Hirigoyen3 en 2001 en plus des 36% de cas
de harcèlement suivi par le départ de la victime, 30 % des
personnes se retrouvent en arrêt de travail pour longue maladie ,
au chômage pour inaptitude médicale. Ainsi, dans 66 % des cas de
harcèlement moral au travail, la personne est exclue du monde du
travail au moins pour une certains temps.
La troisième conséquence résulte souvent des perturbations dans la
communication ou les processus de production, qui entrainent non
seulement une baisse de la qualité du travail, mais aussi une
baisse de la productivité.
En effet, toute une série de conséquences
pratiques en découlent telles que, une instauration d’un climat de
méfiance, un développement d’erreurs ou de dysfonctionnements dans
la production, une diminution des compétences professionnelles
accompagnées parfois d’une altération de la santé de certains
salariés ce qui les pousse à prendre des congés pour cause de
maladie ou quitter leur emploi.
L’ensemble de ces conséquences dépendent de plusieurs variables
tels que la fréquence et l’ampleur du harcèlement, les
caractéristiques de la victime (dépression, colère, sentiment de
dévalorisation de soi, perte de confiance en lui et aux autres…),
les types de réponse de la victime que de l’organisation.
Néanmoins, le harcèlement moral contamine la vie sociale et
familiale de l’individu. C’est pour cette raison que les
spécialistes médicaux et psychosociaux appelés à intervenir
adoptent une position systémique face à une situation de
harcèlement.
En effet, selon Hirigoyen4, « le harcèlement moral laisse des
traces indélébiles qui peuvent aller du stress post-traumatique à
une modification durable de la personnalité après son expérience
».
De nombreuses personnes parlent d’une « torture psychologique »
qui persiste et l’amène à vivre dans la crainte et adopter une
attitude cynique vis-à-vis de son entourage privé.
Ainsi, la vie de famille ne compte plus pour les victimes, son
temps et ses pensées sont tellement absorbées par sa situation
qu’elle n’a plus de disponibilité pour autrui.
Face aux changements observés chez la personne victime, on peut
observer dans l’entourage trois modes principaux de réaction ;
Une attitude critique : des reproches sont adressés par
l’entourage de la victime qui contribuent d’avantage à sa
dévalorisation et à son isolement tels que : « tu es vraiment nul
dans cette histoire », « tu n’as qu’à te défendre », « vraiment tu
joues les victimes ! ».
Une attitude paternaliste : qui se manifeste souvent sous forme
des conseils et des recommandations tels que : « tu devrais faire
ceci-cela », « si tu m’écoutais ça pourrait s’arranger ». Toute
fois, il faut révéler une attitude d’écoute silencieuse et
respectueuse de la souffrance d’autrui à fin de régler rapidement
sa situation douloureuse.
Une attitude d’interdépendance négative : l’entourage perd sa
distance émotionnelle face au conflit, ce qui l’entraine dans une
sorte de mimétisme comportemental. Par ailleurs, l’usure
psychologique face au harcèlement atteint aussi l’entourage, il se
victimise à son tour : « c’est toujours à nous que ça arrive », «
on ne s’en sortira jamais ».
2.Conséquences du harcèlement moral au niveau de l’entreprise :
Se ne sont pas seulement les protagonistes qui sont concernées,
mais la totale de l’entreprise peut l’être. En effet, les
répercussions des conflits dans l’entreprise s’expriment notamment
en termes de :
Dégradation du climat de travail et de la communication au sein
des équipes de travail.
Une augmentation du temps consacré à des activités administratives
et organisationnelles liées au conflit.
Conséquences économiques et financières liées à la baisse de la
productivité.
Conséquences sur la perception de la valeur « travail » dans
l’entreprise.
En premier temps, les coûts cumulés d’un mauvais climat de travail
sont énormes pour l’entreprise, elles se traduisent par une baisse
de performance, une diminution des relations directes informelles
ce qui peut introduire de la méfiance et la perte de confiance
dans les relations interpersonnelles.
De plus, le harcèlement coûte cher en termes d’absentéisme, des
coûts de santé, des coûts de rotation du personnel et une
augmentation des coûts liés aux à la procédure juridique et au
jugement ce qui peut conduire à une réduction de la qualité et de
la quantité de travail.
En effet, Damant, Dompierre et Jauvin (1997), mentionnent
notamment que ce phénomène engendre une augmentation de
l’absentéisme et du taux de roulement, un climat social hostile,
ainsi qu’une hausse du risque d’accident, reflétant ainsi une
baisse de l’efficacité organisationnelle qui peut d’ailleurs se
traduire par des coûts financiers importants.
D’après Dr Alain Kiener, médecin de travail « quand on sait que le
départ d’un collaborateur peut coûter jusqu’à trois fois son
salaire annuel et que l’absentéisme génère deux tiers des coûts,
on en déduit que l’entreprise a tout intérêt à se pencher
sérieusement sur le problème ».
Aussi à l’occasion d’un colloque organisé en février 20018 à
Paris, les intervenants donnaient une estimation en termes de
coûts, pour la France s’élevés à 72 millions de journées de
travail perdues, soit une perte de 33 milliards d’euros supportés
par les employeurs et les organismes sociaux.
Enfin l’entreprise peut également supporter des coûts indirects
qui sont essentiellement dues à une détérioration de l’image de la
réputation de l’entreprise, ce qui peut amener certains de ses
clients et fournisseurs à s’en détourner au profit d’autres, ce
qui peut compromettre à son tour à la survie de l’entreprise sur
le marché.
De fait, les coûts directs et indirects d’un mauvais climat de
travail peuvent être énormes non seulement pour l’entreprise, mais
également pour toute la société.
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